Il y a une chose que les jeunes parents ignorent complètement, et que tous les grands-parents découvrent au deuxième ou troisième petit-enfant : offrir à Noël quand on est grand-parent n'est pas du tout le même exercice que d'offrir à ses propres enfants.
Vous n'avez plus un destinataire, vous en avez quatre. D'âges différents, dans deux ou trois foyers différents, avec des parents qui n'ont pas les mêmes principes éducatifs. Et tout le monde compare. Voici comment s'en sortir avec les honneurs.
Le vrai problème, c'est l'arithmétique de la comparaison
Un enfant de six ans ne compte pas les euros. Il compte les paquets, il regarde la taille des boîtes, et il évalue en trois secondes si son cousin a été mieux traité que lui. Cette comptabilité est implacable et parfaitement injuste, puisqu'elle ignore complètement le prix et l'intention.
D'où la première règle, qui contredit l'intuition : équilibrez le nombre de paquets, pas les montants. Un enfant qui déballe trois petites choses vit mieux la matinée que celui qui ouvre un seul cadeau, même trois fois plus cher. Ce n'est pas de la mesquinerie de sa part, c'est de la perception à hauteur d'enfant.
Deuxième règle qui découle de la première : gardez une trace de ce que vous avez offert et à qui. Un carnet, une note dans le téléphone, peu importe. Vous croyez que vous vous en souviendrez, et l'an prochain vous aurez oublié qui avait eu le grand jeu et qui avait eu le petit livre. Les enfants, eux, s'en souviennent parfaitement.
Coordonner avec les parents, sans donner l'impression de demander la permission
C'est le point délicat, et il crée plus de tensions familiales que le contenu du cadeau lui-même.
Le sujet n'est pas votre légitimité, elle est entière. Le sujet est pratique : vous ne savez pas ce que les parents ont déjà prévu, ni ce qui a été offert le mois dernier pour l'anniversaire, ni si l'appartement peut absorber un objet volumineux. Un message en novembre règle tout ça en trente secondes, et il vous évite le grand classique du deuxième vélo.
La formulation qui fonctionne le mieux est directe et sans négociation : « on pensait à ça pour lui, vous avez déjà prévu quelque chose de similaire ? ». Vous annoncez votre intention, vous n'attendez pas une autorisation, et vous laissez la porte ouverte à une information utile.
Le cas où la coordination devient indispensable, c'est celui du budget. Si vous êtes quatre grands-parents plus des oncles et tantes, l'enfant peut recevoir neuf ou dix paquets, ce qui produit exactement l'effet inverse de celui recherché. Nous avons chiffré ce phénomène de dilution dans notre article sur le budget des cadeaux de Noël.
Les écarts d'âge, cette difficulté que personne n'anticipe
Avec quatre petits-enfants de deux, cinq, huit et onze ans, aucun cadeau ne convient à tout le monde, et l'idée du cadeau identique pour tous se retourne toujours contre son auteur.
Le deux ans manipule sans comprendre, le cinq ans est en pleine période du faire-semblant, le huit ans a des goûts précis et un radar redoutable pour ce qui fait bébé, le onze ans ne veut surtout pas du même objet que ses cousins. Nous avons détaillé ce que chaque palier attend dans notre guide du cadeau de Noël par âge.
Ce qui marche mieux que le cadeau identique, c'est le cadeau de même nature décliné selon l'âge. Chacun reçoit un objet de la même famille, calibré pour lui. Personne n'a l'impression d'être le mal-aimé, et personne ne se retrouve avec un jouet qui ne lui correspond pas.
Une variante qui fonctionne très bien à partir de trois ou quatre petits-enfants : le cadeau collectif complété par une petite attention individuelle. Le grand jeu commun d'un côté, quelque chose à ouvrir pour chacun de l'autre.
Ce que vous pouvez offrir que les parents ne peuvent pas
Voici votre véritable avantage, et il est largement sous-exploité.
Les parents achètent ce dont l'enfant a besoin, parce qu'ils gèrent le quotidien, les chaussures, le cartable, l'anorak. Vous, vous pouvez offrir ce qui ne sert à rien, ce qui prend du temps, ce qui appartient au registre du plaisir pur. Personne ne vous le reprochera, et c'est même exactement ce qu'on attend de vous.
C'est aussi le seul registre où vous ne serez jamais en doublon avec qui que ce soit. Le rayon jouets est saturé, la fantaisie ne l'est pas.
Il y a une famille de cadeaux qui vous appartient en propre et à laquelle on ne pense pas assez : ceux qui portent une trace de vous. Une histoire de famille racontée, une photo ancienne encadrée, un objet qui vient de votre propre enfance. Ces cadeaux-là ne se trouvent nulle part, ils ne coûtent presque rien, et ils sont les seuls dont l'enfant se souviendra à trente ans.
Le cadeau qui vous nomme
Je travaille chez Dreemax, donc autant l'annoncer avant d'en parler : ce qui suit est notre métier.
Un livre dont votre petit-enfant est le héros règle assez élégamment les trois problèmes de cette page. Il se décline par âge, donc chaque cousin reçoit le sien, adapté à son niveau, sans que personne ne soit lésé. Il ne risque pas le doublon, puisqu'il n'existe qu'en un exemplaire. Et surtout il porte votre nom sur la couverture, à la place de l'auteur, ce qui répond définitivement à la question que l'enfant posera dans dix ans en retrouvant l'objet.
Cette dernière caractéristique compte davantage qu'on ne le croit quand on est grand-parent. Vous ne serez pas toujours là pour raconter d'où vient le livre. Le livre, lui, le dira.
Notre page dédiée au cadeau pour ses petits-enfants rassemble les cas de figure, et si vos petits-enfants sont dans la même fratrie, la question du livre commun ou individuel se pose : nous y avons répondu dans notre article sur le livre pour une fratrie. Si vous les voyez rarement, notre article sur les grands-parents à distance aborde la question sous un autre angle, celui de ce qui reste entre deux visites.
Le calendrier, parce que décembre arrive vite
Un mot pratique pour finir. Les enquêtes françaises montrent que plus des deux tiers des acheteurs ont terminé fin novembre, essentiellement pour éviter les ruptures et profiter des promotions.
Pour un objet fabriqué à la commande, la question ne se pose même pas : il n'existe pas en stock, il faut le produire. Les dates limites figurent dans notre article sur les commandes de fin d'année, et si malgré tout vous vous y prenez tard, notre article sur le cadeau de dernière minute détaille les solutions honorables.
Vous pouvez créer leur histoire ici. Prévoyez un carnet pour noter qui a eu quoi. Vous me remercierez l'an prochain.