Il y a une chose que personne ne dit sur les cadeaux de baptême, alors je me dévoue. Dans à peu près toutes les familles de France, le bébé reçoit ce jour-là une médaille, une timbale gravée, une gourmette, et parfois les trois. Trois objets magnifiques, trois objets qu'il ne verra jamais, parce qu'ils partiront directement dans le tiroir du haut de la commode des parents, celui qu'on n'ouvre qu'au moment des déménagements.
Je précise tout de suite que je n'ai rien contre les timbales. Mais posons la question honnêtement : à qui s'adresse un cadeau de baptême ?
Le paradoxe du cadeau pour quelqu'un qui ne se souviendra de rien
Un baptême concerne généralement un bébé de quelques mois. Ce bébé, disons-le franchement, se moque éperdument de ce qu'on lui offre. Il vous regarde avec bienveillance, tente de mâcher le ruban, et retourne à ses occupations.
Le cadeau de baptême s'adresse donc en réalité à deux destinataires différés. Les parents, qui le reçoivent aujourd'hui et le rangeront. Et l'enfant, dans dix ou quinze ans, quand il découvrira l'objet et demandera qui le lui a offert. C'est ce second destinataire qui compte vraiment, et c'est celui que la plupart des cadeaux ratent complètement.
La bonne question n'est donc pas « qu'est-ce qui fera plaisir aujourd'hui », mais « qu'est-ce qui aura encore du sens quand il aura douze ans ». Ce qui élimine assez violemment le rayon puériculture.
Les trois familles de cadeaux qui traversent le temps
Première famille, l'objet précieux traditionnel. Médaille, gourmette, couvert d'argent. Sa force est réelle : il ne s'use pas, il se transmet, et il porte une charge symbolique forte. Sa faiblesse aussi : il est identique dans toutes les familles, et il ne raconte rien de particulier sur la relation entre celui qui offre et celui qui reçoit.
Deuxième famille, le cadeau qui accompagne la croissance. Le livre de naissance à compléter, la boîte à souvenirs, l'arbre à planter le jour du baptême. L'idée est belle et suppose une chose : que quelqu'un s'en occupe. Un arbre non arrosé et un album non rempli sont des cadeaux tristes.
Troisième famille, le cadeau qui porte votre voix. C'est celle qu'on oublie le plus souvent, et c'est pourtant celle qui répond le mieux à la question du destinataire différé. Une lettre écrite au bébé, à ouvrir à ses dix-huit ans. Un livre dédicacé. Un objet accompagné de mots. Ce qui traverse le temps, ce n'est pas la matière, c'est le message.
Le cas particulier du parrain et de la marraine
Il faut s'arrêter là-dessus, parce que la position n'est pas la même que celle d'un invité ordinaire. Être parrain ou marraine, c'est accepter un rôle dans la durée, et le cadeau du jour est en quelque sorte le premier acte de ce rôle.
D'où une règle simple : le cadeau de parrain devrait être celui dont on se souvient qu'il venait de lui. Pas le plus cher, le plus identifiable. C'est là que la médaille montre ses limites, puisqu'elle vient souvent de trois personnes à la fois, et que l'enfant, à douze ans, sera bien incapable de dire laquelle venait de qui.
Nous avons développé cette question dans notre article sur le cadeau de parrain ou marraine, et notre page dédiée au cadeau pour un filleul rassemble les cas de figure.
Et si le cadeau était une histoire
Vous voyez venir la suite, alors autant l'assumer sans faux-semblant : c'est notre métier. Reste que le format répond assez précisément au problème posé plus haut.
Un livre dont l'enfant est le héros coche les trois cases. Il porte votre nom, puisque c'est vous qui figurez comme auteur en couverture, ce qui règle définitivement la question du « qui me l'a offert ». Il ne s'use pas et se garde, comme un objet précieux. Et il s'utilise, contrairement à la timbale : dans deux ou trois ans, quand l'enfant sera en âge d'écouter des histoires, le livre sortira du tiroir pour rejoindre l'étagère, ce qui est le meilleur destin qu'on puisse souhaiter à un cadeau de baptême.
Une objection légitime : à quelques mois, l'enfant ne pourra pas en profiter tout de suite. C'est exact, et c'est vrai de tous les cadeaux de baptême sans exception. La différence, c'est que celui-ci a une date d'activation prévue, autour de deux ou trois ans, alors que la gourmette n'en a aucune. Notre guide par tranche d'âge détaille ce que chaque âge attend d'une histoire.
Tout est expliqué sur notre page dédiée au cadeau de baptême, et pour un cadeau destiné aux tout premiers mois, nous avons aussi écrit sur le livre personnalisé pour une naissance.
Le conseil qui ne coûte rien
Quel que soit votre choix, faites une chose : écrivez quelque chose à la main. Trois lignes suffisent, glissées dans le paquet ou sur la première page.
Dites qui vous êtes, où se passait la scène, ce que vous souhaitez à cet enfant. Datez, signez. Cette feuille ne coûte rien, elle survivra à tout, et je vous garantis qu'elle sera relue plus souvent que la timbale ne sera utilisée.
Parce qu'au fond, un cadeau de baptême n'est pas un objet. C'est un message posté à quinze ans de distance, avec accusé de réception différé et beaucoup de chances d'arriver un jour de rangement de grenier, ce qui reste la plus belle façon d'être lu.