Vous entrez dans un magasin de jouets, et l'architecture vous prend en charge avant même que vous ayez réfléchi. À gauche les couleurs pastel, les poupées, les licornes. À droite les couleurs primaires, les véhicules, les figurines de combat. Vous savez pour qui vous achetez, donc vous tournez à gauche.
Cette bifurcation vous fait rater à peu près tout ce qui pourrait plaire à l'enfant précise pour qui vous cherchez. Voici comment procéder autrement, sans militer ni compliquer les choses.
Ce que le rayon vous fait croire
La segmentation des jouets par sexe est une décision commerciale, pas une observation. Elle permet de vendre deux fois le même produit en changeant la couleur, et elle offre un raccourci mental à l'acheteur pressé, qui est le plus souvent un adulte qui ne vit pas avec l'enfant.
Le problème pratique est simple : cette classification vous donne une information sur un enfant moyen qui n'existe pas, alors que vous cherchez pour une enfant réelle. Une fille de six ans passionnée de volcans se moque complètement du rayon qui lui est théoriquement destiné, et une fille de six ans qui adore les poupées ne se sentira pas non plus représentée par une gamme entière.
Le second problème est plus insidieux. Un enfant à qui l'on n'offre jamais qu'une catégorie de choses apprend, sans qu'on le lui dise, quelles activités le concernent. Ce n'est pas un débat idéologique, c'est de la réduction du champ des possibles, et elle vaut dans les deux sens.
La question qui remplace le rayon
Une seule, et elle est toujours plus productive : qu'est-ce qui l'occupe en ce moment ?
Pas « qu'est-ce que les filles de son âge aiment », mais ce qu'elle fait quand personne ne lui demande rien. Ce qu'elle raconte à table. Le sujet sur lequel elle vous a fait un exposé de dix minutes la dernière fois que vous l'avez vue.
Les réponses ne ressemblent jamais à une catégorie de rayon. C'est la préhistoire, les chevaux, la cuisine, les squelettes, les avions, les histoires qui font peur, la fabrication de cabanes, les araignées. Ces informations sont d'une précision que le marketing ne peut pas atteindre, et elles sont gratuites.
Si vous n'êtes pas le parent, appelez-le. La question qui fonctionne n'est pas « qu'est-ce qui lui ferait plaisir », à laquelle on répond poliment « ce que tu veux », mais « en ce moment, elle est à fond sur quoi ». C'est la même méthode que nous détaillons dans notre article sur le cadeau selon la passion de l'enfant.
Ce qui marche, âge par âge
Entre trois et quatre ans, la reconnaissance prime sur la nouveauté. Elle veut retrouver ce qu'elle connaît : sa maison, son chat, son doudou, les gestes des adultes. Les jeux d'imitation fonctionnent remarquablement bien, quel que soit le domaine imité, la cuisine comme le garage.
Entre cinq et six ans s'ouvre la période du faire-semblant, la meilleure fenêtre pour offrir. Tout ce qui permet de devenir quelqu'un d'autre marche : déguisements, panoplies, figurines, petits mondes. Nous avons détaillé cet âge dans notre article sur le cadeau pour un enfant de cinq ans.
Entre sept et huit ans, l'enfant veut être capable. Les cadeaux qui donnent une compétence prennent le dessus : le vrai matériel de dessin plutôt que le kit pour enfants, la boîte de sciences, l'instrument, le premier appareil photo. À cet âge, être prise au sérieux compte plus que le contenu du paquet.
Un repère transversal : plus l'enfant grandit, plus l'approximation se remarque. À huit ans, le cadeau générique choisi en trois minutes est identifié comme tel, avec un merci poli qui fait mal.
Et si elle aime vraiment le rose et les licornes
Il faut poser ce point, parce que la critique du rayon genré vire parfois au ridicule inverse, celui qui consiste à refuser à une enfant ce qu'elle aime au motif que c'est trop conforme.
Une petite fille qui adore les princesses n'a pas besoin d'être corrigée. Elle a besoin qu'on prenne sa passion au sérieux, exactement comme celle qui aime les dinosaures. La différence entre un bon et un mauvais cadeau ne tient pas au thème, elle tient à la précision : la bonne princesse, la bonne histoire, le bon niveau de détail.
Ce qui pose problème, ce n'est pas qu'elle aime le rose. C'est qu'on ne lui propose jamais autre chose.
Les livres, et la question de l'héroïne
Un point qui mérite d'être connu quand on offre un livre : la répartition des rôles dans la littérature jeunesse reste déséquilibrée, avec des personnages masculins plus nombreux et plus souvent en position d'agir, en particulier chez les personnages animaux.
Cela n'a rien de dramatique à l'échelle d'un livre, et beaucoup à l'échelle de plusieurs années de lecture du soir. Une fille qui ne rencontre presque jamais une héroïne qui décide, explore et se trompe finit par comprendre où sont les places disponibles.
Le correctif est simple et ne demande aucun militantisme : varier. Des héroïnes, des héros, des animaux, et surtout des personnages dont le trait principal n'est pas leur sexe mais ce qu'ils font.
Quand l'héroïne, c'est elle
Je travaille chez Dreemax, donc autant l'annoncer : ce qui suit est notre métier, et c'est aussi la raison pour laquelle nous ne proposons pas de collection fille ni de collection garçon.
Le point de départ de nos livres n'est pas une catégorie, c'est l'enfant. Ses passions du moment, son univers, son entourage. Le résultat est une histoire dont elle est le personnage principal, avec son prénom, son visage, et le nom de celui qui offre en couverture comme auteur.
Ce format règle au passage la question soulevée plus haut : l'héroïne n'est pas un personnage parmi d'autres, elle est le sujet. Elle décide, elle explore, elle se trompe et elle s'en sort. Et si elle veut être une princesse paléontologue, personne ici n'y verra de contradiction.
Notre page dédiée au livre personnalisé pour une fille rassemble des exemples d'univers, et le calibrage du texte selon l'âge se trouve dans notre guide de 2 à 9 ans. Vous pouvez créer son histoire ici, avec un héros illustré d'après sa photo.
Le rayon rose restera à gauche en entrant. Vous n'êtes simplement pas obligé d'y aller.