Il y a une chose que l'on remarque très vite quand on illustre des livres pour enfants : le héros seul dans son décor est toujours un peu triste. Techniquement, l'image fonctionne. Émotionnellement, il manque quelqu'un à qui parler, quelqu'un à sauver, quelqu'un pour rire à la bonne blague. Une histoire, c'est d'abord une rencontre.
Alors quand des parents nous confient leur récit, la question arrive presque toujours : est-ce qu'on peut y mettre le petit frère ? Et le chat ? Et le doudou, surtout, qui compte davantage que le chat dans la hiérarchie affective de la maison. Oui, on peut. Mais pas n'importe comment, et c'est là que ça devient intéressant.
Le compagnon de route, ce vieux truc qui marche toujours
Ouvrez n'importe quel conte, n'importe quel dessin animé : le héros marche rarement seul. Il y a le compagnon bavard, l'animal fidèle, le grand frère qui prétend ne pas avoir peur. Ce personnage-là n'est pas un figurant décoratif. Il a un rôle mécanique précis : il permet au héros de parler à voix haute, de douter, de se rassurer, de se disputer aussi. Sans lui, votre enfant traverse vingt pages en silence.
C'est la raison pour laquelle un personnage secondaire bien choisi améliore instantanément une histoire, même écrite par quelqu'un qui n'a jamais écrit de sa vie. Si vous en êtes encore au stade de la page blanche, notre méthode en cinq étapes vous donnera la charpente, et celui-ci vous donnera les habitants.
Le doudou, personnage principal officieux
S'il ne fallait en garder qu'un, ce serait lui. Le doudou occupe une place que rien ne peut remplacer : il est à la fois objet, confident et prolongement de l'enfant. Il a un nom, souvent absurde, toujours définitif. Il a une texture, une couleur passée par mille lavages, une oreille plus longue que l'autre depuis un incident dont personne ne parle.
Ce sont exactement ces détails qui font une bonne illustration. Un lapin gris générique ne dit rien à personne. Un lapin gris à l'oreille tombante, avec un ruban bleu délavé au cou, provoque chez l'enfant la réaction que nous cherchons tous : il pointe la page du doigt et il crie son prénom. Alors quand vous nous décrivez le doudou, ne soyez pas raisonnable. Donnez-nous l'oreille, le ruban, la tache.
Le frère, la sœur, et la question délicate de la vedette
Faire entrer une fratrie dans l'histoire est une excellente idée, à une condition : décider d'avance qui est le héros. Une histoire à deux héros parfaitement égaux, c'est une histoire sans centre, et l'œil du lecteur ne sait plus où se poser. En illustration, c'est encore plus net qu'à l'écrit : sur une page, il y a toujours un personnage qui occupe la lumière et un autre qui l'accompagne. C'est ce qu'on appelle la hiérarchie de l'image, et elle n'a rien de cruel. Elle rend simplement la page lisible.
Le bon réflexe consiste donc à confier au second un rôle qui lui appartient vraiment. Le petit frère qui ralentit tout le monde, la grande sœur qui connaît le chemin, le cousin qui a toujours une mauvaise idée au bon moment. Chacun tient son emploi, personne ne se marche dessus, et l'enfant qui reçoit le livre reste au centre de son aventure. Rien n'empêche, bien sûr, d'offrir plus tard à l'autre son propre livre, où les rôles s'inverseront. C'est même, entre nous, une très jolie idée de collection familiale.
L'animal, celui qui ne parle pas mais qui dit tout
Le chien, le chat, la tortue à qui l'on prête des pensées profondes : l'animal domestique est un personnage secondaire de premier ordre. Il permet des scènes muettes, et les scènes muettes sont un cadeau pour l'illustrateur. Un regard, une oreille dressée, une posture de fuite, et l'image raconte à elle seule ce que le texte n'a pas besoin d'écrire.
Un conseil de métier : décrivez-nous l'animal par sa silhouette et par une couleur, pas par sa race. « Un petit chien noir et blanc avec une tache sur l'œil gauche » se dessine immédiatement et se reconnaît de loin. Une race sans autre précision laisse une marge d'interprétation qui vous décevra peut-être.
Ne pas surcharger la page
Voici l'erreur la plus fréquente, et la plus compréhensible : vouloir inviter tout le monde. Les deux frères, la cousine, les quatre grands-parents, le poisson rouge. L'intention est touchante, le résultat est une photo de classe. Quand une page contient sept personnages, aucun n'est vraiment vu, et le héros se dilue au milieu du groupe.
Chez Dreemax, nous acceptons jusqu'à trois personnages supplémentaires en plus du héros, et cette limite n'est pas administrative. Elle correspond au nombre de présences qu'une page illustrée peut accueillir sans perdre son centre. Une précision technique honnête, aussi : seul le héros désigné bénéficie d'une cohérence visuelle garantie tout au long des vingt pages. Les autres l'accompagnent, apparaissent, disparaissent, comme dans n'importe quel récit bien mené. Nous détaillons ce travail de ressemblance dans notre article sur l'illustration d'après photo.
Trois questions pour choisir vos personnages
Avant de nous envoyer votre histoire, posez-vous ces trois questions. Qui accompagne mon enfant au quotidien, réellement ? Qu'est-ce que ce personnage apporte à l'aventure, un savoir, un obstacle, un fou rire ? Et à quoi le reconnaît-on en un coup d'œil, une couleur, une forme, un objet ?
Si vous répondez à ces trois questions, vous nous donnez tout ce dont nous avons besoin. Et si l'inspiration se dérobe, notre article sur les idées d'histoire quand rien ne vient est fait pour ces soirs-là.
Le reste nous regarde : donner une silhouette au lapin, une tache à l'œil du chien, et une place à chacun sur la page. Créez votre livre, et dites-nous qui vous voulez inviter.