Donner le goût de la lecture à son enfant : ce qui se transmet vraiment

Donner le goût de la lecture à son enfant : ce qui se transmet vraiment

Il existe une phrase que tous les parents ont prononcée au moins une fois, avec la meilleure intention du monde et un taux de réussite proche de zéro : « tu devrais lire, c'est bien pour toi ». À ma connaissance, aucun enfant dans l'histoire de l'humanité n'a ouvert un livre à la suite de cette phrase. Le brocoli a le même problème.

Le goût de lire ne se décrète pas, et il ne s'explique pas davantage. Il s'attrape, comme la plupart des choses importantes, en regardant les adultes autour de soi faire des trucs bizarres avec l'air d'y prendre du plaisir. Voici comment on met toutes les chances de son côté.

Le premier levier est le plus injuste : votre propre canapé

Un enfant qui n'a jamais vu ses parents lire pour le plaisir considère la lecture comme une activité scolaire, au même titre que les tables de multiplication. C'est parfaitement logique de son point de vue. Si la seule fois où un livre apparaît dans la maison, c'est parce que la maîtresse l'a demandé, alors lire est un devoir, et les devoirs, on les fait en traînant les pieds.

Je précise tout de suite qu'il ne s'agit pas de vous mettre à Proust pour l'exemple. Un roman policier, un magazine, une revue de bricolage, un livre de cuisine feuilleté un dimanche matin : tout compte. Ce que l'enfant enregistre n'est pas le contenu, c'est la scène. Un adulte, assis, absorbé, qui a visiblement choisi d'être là. C'est cette image qu'il rejouera à huit ans, puis à quinze.

Et pendant qu'on y est, un détail qui change tout : lisez devant lui, pas à côté de lui pendant qu'il fait autre chose. Les enfants repèrent l'exemple sincère à cent mètres et l'exemple mis en scène à deux cents.

Rendre les livres embarrassants de disponibilité

Il y a une règle que les bibliothécaires connaissent bien : un livre rangé est un livre mort. Une belle bibliothèque alignée dans le salon, à hauteur d'adulte, avec les tranches bien parallèles, produit exactement zéro lecteur. Un panier de livres par terre à côté du canapé, une pile bancale sur la table basse, trois albums qui traînent dans la voiture, voilà ce qui produit des lecteurs.

Le principe tient en une phrase : l'enfant doit pouvoir attraper un livre sans le demander, sans monter sur un tabouret et sans avoir décidé à l'avance qu'il allait lire. La lecture ne doit pas être un projet, elle doit être un réflexe d'ennui. Le même réflexe qui, dans une maison où traîne une tablette, mène ailleurs.

Corollaire logique : la médiathèque. Gratuite, renouvelable, et surtout elle règle le problème du livre acheté cher qui déçoit au bout de vingt pages. Votre enfant peut y abandonner huit livres sans que personne ne le lui reproche, ce qui est précisément la liberté dont il a besoin.

Lâcher le contrôle sur ce qu'il lit

Nous arrivons au point qui fâche. Beaucoup de parents veulent que leur enfant lise, mais qu'il lise les bonnes choses. Les classiques, si possible. Des romans, de préférence. Pas cette pile de bandes dessinées, pas ces livres de blagues, pas encore ce même volume qu'il a déjà lu quatre fois.

Sur ce sujet, la position à tenir est simple et un peu inconfortable : au stade où l'on cherche à installer le goût, ce qu'il lit importe infiniment moins que le fait qu'il lise. Les blagues comptent. Les documentaires sur les requins comptent. Les relectures comptent, et beaucoup, parce qu'un enfant qui relit ne perd pas son temps, il consolide. Le manga compte aussi, et il est même l'une des portes d'entrée les plus efficaces que je connaisse, à condition de choisir le bon titre : nous avons écrit un guide entier sur le manga adapté à chaque âge, et un autre sur les enfants qui ne lisent que des BD.

La hiérarchie des lectures viendra plus tard, ou ne viendra pas, et franchement ce n'est pas grave. Un adulte qui lit des polars en vacances est un lecteur. Un adulte qui a arrêté de lire à douze ans parce qu'on lui a confisqué ses BD n'en est pas un.

Ne jamais transformer la lecture en monnaie d'échange

« Tu auras la tablette quand tu auras lu vingt minutes. » L'intention est excellente, le mécanisme est désastreux. Vous venez d'annoncer officiellement que lire est le prix à payer et que l'écran est la récompense. Votre enfant a très bien compris lequel des deux est censé être agréable, et il a compris ça de votre bouche.

Même logique pour les systèmes de points, de gommettes et de contrats de lecture. Ils fonctionnent quelques semaines, puis l'enfant lit pour la gommette, et le jour où la gommette s'arrête, la lecture s'arrête avec elle. La recherche en psychologie de la motivation a un nom pour ce phénomène, mais je préfère la formulation de mon voisin instituteur : on ne paie pas quelqu'un pour faire ce qu'on voudrait qu'il aime.

Ce qui marche, à l'inverse, c'est de protéger un créneau où lire n'a aucun concurrent. Les vingt minutes avant l'extinction des lumières, écrans hors de la chambre. Pas comme une punition, comme un moment. Nous avons détaillé pourquoi ce créneau précis est le plus efficace dans notre article sur le rituel de l'histoire du soir.

Continuer à lire à voix haute bien après qu'il sache lire

C'est l'erreur la plus répandue, et la plus facile à corriger. Le jour où l'enfant déchiffre seul, beaucoup de parents rangent leur chaise et estiment la mission accomplie. Sauf qu'à sept ou huit ans, un enfant comprend à l'oral des histoires bien plus riches que celles qu'il peut décoder seul. Arrêter de lui lire, c'est le condamner temporairement à des textes en dessous de son intelligence, et le meilleur moyen de lui faire trouver la lecture ennuyeuse.

Alors continuez, même à dix ans, même en alternant les pages. Faites les voix, ratez-les, exagérez le méchant. Arrêtez-vous au pire moment du chapitre en annonçant qu'il est tard : c'est un procédé bas de gamme et il fonctionne à tous les coups. Les bénéfices mesurés de ces minutes-là sont détaillés dans notre article sur ce que la lecture apporte à l'enfant.

Et si le refus est plus profond

Tout ce qui précède suppose un enfant qui n'a simplement pas encore rencontré la lecture au bon moment. Si le vôtre exprime un refus net, s'il se décourage vite, s'il bute sur le déchiffrage ou s'il développe une vraie angoisse devant l'écrit, l'environnement ne suffira pas. Nous avons consacré un article distinct à ces situations, avec les causes possibles et le moment où consulter : mon enfant ne veut pas lire, ce que dit la recherche.

Le raccourci que nous connaissons bien

Il reste un levier dont je ne peux pas parler sans être juge et partie, alors autant l'annoncer. Un enfant se passionne pour ce qui le concerne, et rien ne le concerne davantage qu'une histoire dont il est le héros, avec son prénom, son visage, son doudou et le nom de son parent en couverture comme auteur.

Ce n'est pas une méthode, c'est une porte. Mais pour beaucoup d'enfants convaincus que les livres parlent de gens qui ne leur ressemblent pas, une porte suffit. Vous pouvez créer la sienne ici, ou commencer par regarder ce que d'autres parents ont imaginé.

Portrait illustré de Bruno

Écrit par Bruno

Responsable communication, cofondateur de Dreemax

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27 juillet 2026