Voici la scène. Vous offrez un jouet réfléchi, calibré, recommandé par trois sites, et l'enfant l'ouvre, remercie correctement, puis passe l'après-midi à construire une cabane avec le carton de l'emballage. Vous ne savez pas s'il faut en rire ou s'en vexer.
Ce moment est instructif, et il dit à peu près tout ce qu'il y a à savoir sur le cadeau pour un garçon de trois à huit ans.
Le rayon vous vend une caricature
Poussez la porte d'un magasin de jouets et regardez ce qu'on propose du côté garçons : de l'action, de la vitesse, du combat, de la construction, le tout dans des couleurs saturées et avec beaucoup de plastique.
Le problème n'est pas que ces jouets soient mauvais, certains sont excellents. Le problème est qu'ils décrivent un garçon moyen qui n'existe nulle part, et sûrement pas celui pour qui vous cherchez. Il y a des garçons de six ans qui passent leurs samedis à dessiner, d'autres qui font la cuisine, d'autres qui connaissent le nom de quarante oiseaux.
Le second effet est plus discret. Un enfant à qui l'on n'offre que des objets d'action apprend, sans qu'on le lui dise, quelles activités le concernent. Et celui qui aime les histoires, les animaux ou le dessin comprend assez vite que sa passion n'a pas de rayon, ce qui n'est jamais agréable.
Ce que la cabane en carton nous apprend
Revenons à cette scène du début, parce qu'elle contient un enseignement pratique.
Un jouet très défini fait une seule chose, et il la fait bien. Il occupe l'enfant intensément pendant deux semaines, puis il ne surprend plus. Un carton, à l'inverse, ne fait rien tout seul, ce qui oblige l'enfant à décider ce que ce sera. C'est ce basculement qui produit le jeu long.
La règle qui en découle : privilégiez ce qui laisse une place à l'enfant. Les jeux de construction, les figurines qui permettent de rejouer des scènes, le matériel plutôt que le produit fini, les objets qui n'ont pas décidé à l'avance de ce qu'on en ferait.
C'est aussi ce qui explique pourquoi les jouets les plus chers déçoivent souvent. Plus un objet fait de choses tout seul, moins il en reste à faire pour celui qui joue.
Ce qui fonctionne, âge par âge
Entre trois et quatre ans, l'enfant imite. Il veut faire ce que font les adultes, sans distinction de domaine : conduire, réparer, cuisiner, soigner. Les jeux d'imitation marchent tous, et les objets qui résistent aux manipulations brutales sont un investissement.
Entre cinq et six ans arrive la grande période du faire-semblant, celle où l'on devient chevalier, pompier ou dresseur de dragons. Les déguisements, les figurines et les petits mondes prennent le dessus. Nous avons détaillé cette fenêtre dans notre article sur le cadeau pour un enfant de cinq ans.
Entre sept et huit ans, l'enfant veut être capable de quelque chose. Le vrai matériel prend le pas sur le kit pour enfants : les outils qui fonctionnent, le premier vélo sérieux, la boîte de sciences avec de vraies expériences, l'instrument de musique. À cet âge, être pris au sérieux vaut plus que le contenu du paquet.
Et sur toute la période, un principe constant : le cadeau qui suppose un adulte disponible en permanence est un cadeau pour l'adulte. Un enfant de six ans qui doit attendre papa pour lancer son jeu perd la moitié du plaisir.
Le sujet des livres, où le rayon fait le plus de dégâts
C'est peut-être le domaine où la segmentation coûte le plus cher, parce qu'elle intervient au moment précis où l'enfant décide s'il aime lire ou non.
Un garçon à qui l'on n'a jamais proposé que des livres d'action apprend que le reste ne le concerne pas. Or les données françaises montrent un écart de compétence en lecture entre filles et garçons, réel bien que modeste, et cet écart est le plus marqué sur les textes documentaires, pas sur les récits. Nous l'avons chiffré dans notre article sur cette question.
Le correctif tient en deux gestes. Suivre sa passion réelle plutôt que la catégorie, y compris si cette passion est la cuisine ou les oiseaux. Et ne pas hiérarchiser les formats : un garçon qui dévore des bandes dessinées lit énormément, sujet que nous avons traité dans notre article sur les enfants qui ne lisent que des BD.
La question qui remplace le rayon
Elle tient en une phrase, et elle vaut pour tous les cadeaux de cette page : qu'est-ce qu'il fait quand personne ne lui demande rien ?
La réponse ne ressemble jamais à une catégorie commerciale. Il construit des trucs, il démonte des trucs, il dessine des monstres, il apprend par cœur le nom des planètes, il invente des règles de jeux impossibles à suivre. C'est là que se trouve le bon cadeau.
Si vous n'êtes pas le parent, appelez-le et posez la question précise : « en ce moment, il est à fond sur quoi ». Vous récolterez des détails que personne d'autre n'aura, et c'est exactement la matière première dont vous avez besoin, comme nous l'expliquons dans notre article sur le cadeau selon la passion.
Quand le héros, c'est lui
Je travaille chez Dreemax, donc autant l'annoncer : ce qui suit est notre métier, et c'est aussi pourquoi nous n'avons ni collection garçon ni collection fille.
Le point de départ de nos livres est l'enfant lui-même. Ce qui le passionne en ce moment, son entourage, son décor. Le résultat est une histoire dont il est le personnage principal, avec son prénom, son visage, et le nom de celui qui offre imprimé en couverture comme auteur.
L'intérêt pour un garçon de sept ans qui se juge mauvais lecteur, c'est que la première page ne se négocie plus. Il n'a pas à s'identifier à quelqu'un, il y est déjà. Nous avons décrit ce mécanisme dans notre article sur la reconnaissance de soi dans un livre.
Notre page dédiée au livre personnalisé pour un garçon rassemble des exemples d'univers, du chantier aux dragons en passant par le football et les fonds marins, et le calibrage du texte selon l'âge figure dans notre guide de 2 à 9 ans. Vous pouvez créer son histoire ici.
Gardez tout de même le carton d'emballage. On ne sait jamais.