Un livre Dreemax compte dix doubles pages. Sur chacune, le texte occupe la page de gauche et une scène illustrée occupe celle de droite. Cette contrainte paraît simple. Elle détermine en réalité toute la construction du récit, bien avant qu'une seule phrase soit écrite.
La double page, unité de base du récit
Dans un roman, l'unité de lecture est la phrase ou le chapitre. Dans un album illustré, c'est la double page. Le lecteur l'embrasse d'un seul regard, texte et image ensemble, avant de tourner. La spécialiste de l'album Sophie Van der Linden en a fait l'un des principes centraux de son analyse : l'album se lit d'abord comme une succession d'espaces visuels, et non comme un texte accompagné d'images.
Conséquence directe : une double page doit contenir un moment, un seul. Deux événements sur la même double page se gênent, parce que l'illustration ne peut en montrer qu'un et que le second reste privé d'image. Un récit en dix doubles pages est donc, structurellement, une histoire en dix moments.
Ce chiffre oblige à choisir. Une histoire qui demande vingt moments ne tient pas en dix doubles pages, quel que soit le talent de l'auteur. Elle doit être resserrée, ou découpée autrement.
L'architecture en dix temps
La plupart des récits pour enfants suivent une progression que l'on retrouve, sous des noms divers, dans toute la littérature jeunesse : une situation de départ, un élément qui la bouleverse, une série d'épreuves, un moment de crise, puis une résolution. Réparti sur dix doubles pages, ce schéma prend la forme suivante.
| Double page | Fonction dans le récit | Ce que le lecteur doit ressentir |
|---|---|---|
| 1 | Le héros dans son monde ordinaire | Je le reconnais, je sais qui il est |
| 2 | L'élément déclencheur | Quelque chose vient de changer |
| 3 | Le départ ou la décision | L'aventure commence |
| 4 | Une première rencontre ou un premier obstacle | Ce ne sera pas si simple |
| 5 | La difficulté grandit | Les enjeux augmentent |
| 6 | Une aide, une découverte ou un allié | Il y a peut-être une solution |
| 7 | Le moment le plus difficile | Tout semble perdu |
| 8 | Le héros agit par ses propres moyens | C'est lui qui trouve |
| 9 | La résolution | Soulagement, victoire |
| 10 | Le retour, transformé | Il a grandi, et moi avec lui |
Deux doubles pages méritent une attention particulière. La septième, d'abord, celle du moment le plus difficile : sans elle, la résolution tombe à plat, puisqu'il n'y a rien à surmonter. La huitième, ensuite, où le héros agit lui-même. Un enfant qui se reconnaît dans le personnage principal doit le voir trouver la solution, pas la recevoir d'un adulte. Nous avons détaillé ce principe dans notre méthode d'écriture en cinq étapes.
Ce schéma n'est pas un moule rigide. Selon l'histoire, la rencontre peut arriver plus tôt, la crise plus tard. Il sert de point de contrôle : si une double page ne remplit aucune fonction dans la progression, elle doit être repensée.
Le pouvoir de la page qu'on tourne
L'album dispose d'un outil narratif que le roman n'a pas : le geste de tourner la page. Uri Shulevitz, auteur et illustrateur de référence, l'a décrit comme un ressort central de la construction d'un livre d'images. Ce qui se trouve derrière la page n'est pas encore visible, et ce temps d'attente crée le suspense.
Les auteurs exploitent ce mécanisme en terminant une double page sur une question ou une tension, pour la résoudre sur la suivante. « Et derrière la porte, il y avait… » ne fonctionne qu'à la condition que la réponse se trouve de l'autre côté de la feuille.
Ce principe guide aussi la place de la scène la plus spectaculaire. Elle produit le plus d'effet lorsqu'elle se découvre en tournant la page, et non lorsqu'elle est visible en même temps que le texte qui l'annonce.
Combien de texte par page
La quantité de texte se règle sur l'âge du lecteur, et elle détermine en partie la réussite du livre. Un texte trop long pour l'âge produit un enfant qui décroche avant la fin de la page. Un texte trop court pour l'âge produit un enfant de huit ans qui trouve le livre bébé.
Pour un enfant de deux ou trois ans, quelques phrases courtes par page suffisent, souvent avec des répétitions qui rythment la lecture à voix haute. Vers cinq ou six ans, le texte peut s'étoffer, avec des dialogues et des descriptions. À huit ou neuf ans, l'enfant accepte des pages plus denses, à condition que chaque phrase fasse avancer l'histoire. Nos repères détaillés par âge figurent dans notre guide de 2 à 9 ans.
Chez Dreemax, la longueur des phrases et le choix du vocabulaire sont ajustés à l'âge indiqué lors de la commande, ce qui explique pourquoi deux histoires construites sur la même idée peuvent produire deux livres très différents selon l'enfant à qui elles s'adressent.
Choisir les dix scènes
La sélection des dix moments à illustrer est l'étape la plus délicate, et elle précède l'écriture du texte. Un récit peut contenir trente actions, mais seules dix seront montrées. Les autres doivent être portées par le texte, ou disparaître.
Trois critères guident ce choix. Une scène doit être visuellement lisible, c'est-à-dire compréhensible en un coup d'œil par un enfant. Elle doit montrer le héros, puisque c'est sa présence sur chaque double page qui produit la reconnaissance. Et elle doit différer de la précédente, par le lieu, le cadrage ou l'émotion, pour que le livre ne donne pas l'impression de répéter la même image.
Le dernier critère explique en partie l'importance de la cohérence du personnage d'une page à l'autre : sur dix scènes aux cadrages variés, le héros doit rester identique, ce que nous décrivons dans notre article sur la cohérence du héros illustré. L'ensemble du processus, de l'idée à l'impression, est détaillé dans notre article sur la naissance d'un livre Dreemax.
Dix doubles pages, dix moments pour lui
Une histoire construite à partir de votre idée, dans l'univers de son choix, avec lui en héros d'un bout à l'autre. Tous nos univers et toutes nos idées de cadeau personnalisé pour enfant sont réunis sur leurs pages dédiées.
Créer son livre personnaliséSources et références
Van der Linden, S. (2006), Lire l'album, L'Atelier du poisson soluble. Shulevitz, U. (1985), Writing with Pictures : How to Write and Illustrate Children's Books, Watson-Guptill.