À quatre ans, il sera pompier. À six ans, vétérinaire, puis astronaute, puis à nouveau pompier. Ces annonces font sourire les adultes, qui les rangent volontiers dans la catégorie des lubies. Les données disponibles sur le sujet suggèrent de les prendre un peu plus au sérieux.
Ce que montrent les données
L'enquête la plus vaste sur le sujet s'appelle Drawing the Future. Conduite par l'association britannique Education and Employers, en partenariat avec l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l'institut d'éducation de l'University College London, elle a demandé à plus de 20 000 enfants de sept à onze ans, dans une vingtaine de pays, de dessiner le métier qu'ils voulaient exercer plus tard.
Au Royaume-Uni, le métier le plus dessiné, et de loin, est sportif professionnel, choisi par 21,3 % des enfants, avec plus de dix points d'avance sur le suivant. Viennent ensuite enseignant, vétérinaire, puis les métiers liés aux réseaux sociaux et aux jeux vidéo.
Le résultat le plus frappant ne porte pas sur le classement, mais sur sa stabilité. Les auteurs ont comparé les choix des enfants de sept ans à ceux des adolescents de dix-sept ans, et les écarts sont marginaux. Autrement dit, l'éventail des métiers qu'un enfant se représente comme possibles est largement fixé dès l'école élémentaire, et il bouge peu ensuite.
Pourquoi ces métiers-là
Les métiers qui dominent les rêves d'enfants partagent trois caractéristiques, et elles expliquent presque tout.
Ils sont visibles. Un enfant de cinq ans ne peut pas rêver d'être analyste financier, parce qu'il n'a aucune idée de ce que fait un analyste financier. Il rêve de ce qu'il voit : le camion qui passe sirènes hurlantes, le vétérinaire qui soigne le chat, la maîtresse qui fait classe. L'enquête le confirme, les choix des enfants sont principalement influencés par les métiers de leurs proches, puis par la télévision et les écrans.
Ils sont physiques. Ce sont des métiers qui se montrent, avec un uniforme, un outil, un véhicule, un geste reconnaissable. Pour un enfant qui se représente le monde par ce qu'il peut observer et imiter, un métier sans image n'existe pas.
Ils sont héroïques. Sauver, soigner, protéger, explorer. À un âge où l'enfant passe ses journées à recevoir des instructions, les métiers qui confèrent un pouvoir d'action sur le monde exercent une attraction évidente. Nous avons développé ce mécanisme dans notre article sur les jeux de rôle.
Le cas particulier du pompier
Si un métier résume à lui seul la fascination des jeunes enfants, c'est celui-là, et il cumule les trois caractéristiques décrites plus haut au plus haut degré.
Le véhicule est énorme, rouge, bruyant, équipé d'une échelle qui se déploie. L'uniforme est spectaculaire, le casque reconnaissable entre mille. L'action est lisible sans explication : il y a un danger, les pompiers arrivent, le danger disparaît. Un enfant de trois ans comprend l'intégralité du scénario, ce qui n'est vrai de presque aucun autre métier.
Il s'y ajoute une dimension que les adultes sous-estiment. Le pompier affronte ce qui fait peur, le feu, l'accident, la chute, et il en sort vainqueur. Pour un enfant qui découvre ses propres peurs, ce personnage offre un modèle rassurant : on peut faire face à ce qui effraie. C'est le même ressort que celui des histoires qui font peur, que nous avons détaillé dans cet article.
Des stéréotypes installés très tôt
L'enquête établit un second résultat, moins réjouissant, et il concerne tous les parents.
Les stéréotypes de genre apparaissent dès sept ans, dans tous les pays étudiés. Les garçons dessinent majoritairement des sportifs, des pompiers, des pilotes ; les filles des enseignantes, des vétérinaires, des infirmières. Un film tiré de l'étude montre soixante-six dessins de pompiers, chirurgiens et pilotes de chasse : soixante et un représentent des hommes, cinq des femmes.
La conséquence pratique est nette. Si l'éventail des métiers imaginables se fixe tôt et bouge peu ensuite, alors ce que l'enfant voit avant huit ans pèse durablement. Une petite fille qui n'a jamais vu de femme pompier en conclut, sans qu'on le lui dise, que ce métier n'est pas pour elle.
Le correctif ne demande aucun militantisme, seulement de la variété : des livres, des images et des rencontres où les métiers ne sont pas systématiquement attribués au même sexe. Nous avons abordé ce sujet sous l'angle de la lecture dans notre article sur les garçons et les filles face aux livres.
Comment accompagner sans orienter
Trois principes, et aucun ne consiste à juger le choix.
Prenez l'annonce au sérieux, sans la solenniser. Un enfant qui veut être pompier ne vous annonce pas un projet professionnel, il vous dit ce qui l'intéresse en ce moment. Demandez-lui ce qu'il aimerait faire dans ce métier : la réponse vous en apprendra davantage que le métier lui-même.
Élargissez plutôt que corrigez. Montrez d'autres métiers, surtout ceux qu'il ne peut pas voir spontanément, en particulier ceux exercés par ses proches. L'enquête montre que la famille est la première source d'information des enfants sur le monde du travail, ce qui fait de vous le levier le plus puissant qui soit.
Et nourrissez l'imaginaire. Les documentaires, les visites de caserne lors des journées portes ouvertes, les déguisements et les histoires permettent d'explorer un métier sans rien figer. Si son intérêt ressemble à une passion intense, ce qui est fréquent, nous en avons détaillé les ressorts dans notre article sur les passions d'enfance.
Une histoire dont il est le héros permet d'aller un cran plus loin, puisqu'il ne regarde plus un pompier ou un astronaute agir : il l'est. Nos univers consacrés aux pompiers, à l'espace et aux animaux reprennent précisément ces trois métiers de rêve, et l'ensemble figure sur notre page des univers.
Et s'il devenait le héros de son futur métier ?
Une histoire écrite pour lui seul, dans laquelle il éteint le feu, soigne l'animal ou pose le pied sur la Lune.
Créer son histoireSources et références
Chambers, N., Kashefpakdel, E. T., Rehill, J. et Percy, C. (2018), Drawing the Future : exploring the career aspirations of primary school children from around the world, Education and Employers, en partenariat avec l'OCDE, Tes, l'University College London Institute of Education et la National Association of Head Teachers. Plus de 20 000 enfants de sept à onze ans interrogés dans une vingtaine de pays.